Baisse du dollar et forte hausse des cours du pétrole

Sommaire

La baisse du dollar vis-à-vis des autres principales devises
Les autres devises
      Les devises de l'UE
      Le franc suisse
      Les devises sensibles aux cours des matières premières
La hausse des cours de l'or en dollars
Tensions sur les cours du pétrole et des matières premières

par Christian Noyer.

Au cours de l'année 2004, en dépit d'un relèvement des taux d'intérêt directeurs de la Réserve fédérale, la dépréciation du dollar vis-à-vis des principales devises s'est poursuivie. Le recul de la monnaie américaine n'a toutefois pas été régulier tout au long de l'année. L'euro a enregistré face au dollar une progression de 8 %, atteignant un pic à 1,36 dollar en décembre 2004. Les devises des nouveaux États membres de l'Union européenne sont restées stables ou se sont appréciées vis-à-vis de l'euro. Enfin, l'augmentation de la demande mondiale de pétrole, tirée en particulier par la Chine et les États-Unis, dans un contexte géopolitique incertain a entraîné de fortes tensions sur les cours du brut.

Deux évolutions majeures ont marqué le contexte international en 2004 : la poursuite de la baisse du dollar des États-Unis vis-à-vis de la plupart des monnaies, en liaison avec le creusement des déficits extérieurs américains, et la forte hausse des cours du pétrole, résultant principalement de la progression de la demande mondiale.

La baisse du dollar vis-à-vis des autres principales devises

Le mouvement de baisse du dollar des États-Unis, entamé en 2002, s'est poursuivi en 2004 : son taux de change effectif vis-à-vis des principaux partenaires commerciaux des États-Unis s'est déprécié de 4,6 %, en dépit d'un relèvement des taux d'intérêt directeurs du Système fédéral de réserve de 125 points de base, à 2,25 %. Parallèlement, le taux de change effectif de l'euro vis-à-vis des principaux partenaires commerciaux hors zone euro s'est apprécié de 2,1 %. Depuis 2002, la baisse du taux de change effectif du dollar atteint 15,1 % (graphique 1).

Graphique [Graphique 1. TAUX DE CHANGE EFFECTIFS NOMINAUX DU DOLLAR, DE L'EURO ET DU YEN VIS-à-VIS DES PAYS INDUSTRIALISES]

En termes de taux de change bilatéral, l'euro a progressé de 8 % vis-à-vis du dollar, avec un pic à 1,3666 dollar, le 30 décembre 2004.

Le recul du dollar n'a cependant pas été régulier. À l'issue du sommet du G 7 de Boca Raton, en février 2004, les ministres des Finances et les banquiers centraux ont affirmé que la volatilité excessive et les mouvements désordonnés sur les marchés de change sont défavorables à la croissance. Après ce communiqué, le dollar s'est raffermi, avant de se stabiliser, évoluant contre l'euro dans une fourchette comprise entre 1,18 et 1,24 dollar entre mars et octobre 2004. À compter du quatrième trimestre, toutefois, le dollar a renoué avec la tendance baissière, en liaison avec la conviction de plus en plus répandue qu'un ajustement de son taux de change était inévitable pour réduire les déficits extérieurs des États-Unis. Ce sentiment a été conforté par la vigueur persistante de la croissance américaine, conduisant au quatrième trimestre 2004 à un déficit extérieur record. La dépréciation du dollar a été particulièrement marquée face à l'euro, les régimes de change fixe ou la politique de change de certains partenaires commerciaux des États-Unis, en Asie notamment, ayant empêché un ajustement plus partagé de la valeur externe du dollar.

Le dollar a également reculé face au yen, revenant de 107,5 à 102,5 yens pour un dollar. L'interruption des interventions à la vente de yens contre dollar par le ministère des Finances japonais en mars 2004 a permis une appréciation modérée de la devise nippone, qui au total a progressé de près de 4,9 % face au dollar sur l'année. Son taux de change effectif nominal vis-à-vis des principaux partenaires commerciaux du Japon s'est toutefois déprécié de 3,0 %, la hausse du yen contre dollar ayant été compensée par son recul de 3,3 % face à l'euro, qui a atteint 141,61 yens le 30 décembre 2004, niveau inégalé depuis sa création (graphique 2).

Graphique [Graphique 2. TAUX DE CHANGE NOMINAUX DE L'EURO CONTRE DOLLAR ET CONTRE YEN EN 2004]

Malgré des mouvements bilatéraux importants, les marchés de change ont été marqués par une volatilité modérée. Ainsi la volatilité implicite des options à un mois sur l'euro contre dollar a évolué, en moyenne, autour de 10 %, à des niveaux proches de sa moyenne de long terme de 10,6 %, et celle des options à un mois sur le dollar contre yen s'est établie en moyenne à 9,7 %, comparée à une moyenne de long terme de 10,7 %.

Les autres devises

Les devises de l'UE

La livre sterling est globalement restée stable face à l'euro autour de 0,680 pour un euro. Au premier semestre, elle a progressé jusqu'à 0,656 pour un euro, bénéficiant du dynamisme de la croissance britannique et de la remontée rapide du taux d'intérêt directeur de la Banque d'Angleterre, de 3,75 % à 4,75 %. Au second semestre, cette progression s'est effacée, les signes de ralentissement du marché immobilier britannique alimentant les anticipations de fin du cycle de resserrement monétaire entamé par le Comité de politique monétaire de la Banque d'Angleterre en novembre 2003. Face au dollar, la livre sterling s'est appréciée de près de 7,4 %, atteignant ses plus hauts niveaux depuis 1992, autour de 1,95 dollar ; la couronne suédoise et la couronne danoise sont restées stables, respectivement autour de 9,0 et 7,4 couronnes pour un euro.

Les devises des nouveaux États membres (NEM) qui ont intégré l'UE le 1er mai 2004 sont restées stables ou se sont appréciées vis-à-vis de l'euro en 2004 : de 15,1 % pour le zloty polonais, grâce au dynamisme de la croissance du pays, et de plus de 6 % pour le forint hongrois, la couronne tchèque et la couronne slovaque. En juin 2004 le tolar slovène, le litas lituanien et la couronne estonienne sont entrés dans le Mécanisme de change européen (MCE II) avec des bandes de fluctuation autorisées de plus ou moins 15 % par rapport à leur parité centrale, fixée à, respectivement, 239,64 tolars, 3,4528 litas et 15,6466 couronnes estoniennes. Ces deux dernières devises sont restées très stables et proches de leur parité centrale, conformément à l'engagement unilatéral de ces pays à maintenir leur mécanisme de caisse d'émission. En outre, la Lettonie a annoncé, l'ancrage, à compter du 1er janvier 2005, du lats à l'euro, et non plus au droit de tirage spécial (DTS), avec une parité de 0,702804 lats.

Le franc suisse

La devise helvétique a progressé de 1 % contre l'euro, à 1,545 franc suisse en fin d'année, et de 8,9 % contre le dollar (tombant à son plus bas niveau depuis dix ans à 1,1284 franc suisse le 30 décembre 2004). Dans un contexte international toujours très incertain, elle a bénéficié de son rôle de valeur refuge et, plus marginalement, des resserrements monétaires de la Banque nationale suisse, qui a porté son taux de prise en pension de 0,11 % à 0,55 %.

Les devises sensibles aux cours des matières premières

Bénéficiant d'une croissance dynamique et de la hausse des prix des matières premières, le dollar australien s'est apprécié en 2004 de 4 % contre le dollar des États-Unis (clôturant l'année à 0,78 dollar des États-Unis pour un dollar australien), mais déprécié de 3,8 % face à l'euro (ce dernier atteignant 1,74 dollar australien en fin d'année). Le dollar canadien a profité de la bonne santé de l'économie du pays, s'appréciant de 7,9 % face au dollar (1,20 dollar canadien pour un dollar des États-Unis en fin d'année), mais restant stable face à l'euro. La Banque du Canada a baissé par trois fois son taux directeur en début d'année, de 2,75 % à 2,00 %, avant de le remonter au second semestre, jusqu'à 2,50 %.

La hausse des cours de l'or en dollars

Les cours de l'or en dollars ont continué leur progression entamée en 2001 : l'once se situait, en fin d'année, à 438 dollars, en hausse de 5,5 % par rapport à la fin de 2003, après avoir atteint en décembre un plus haut niveau à 455 dollars, le plus élevé depuis seize ans. Cette augmentation est essentiellement liée à la dépréciation du dollar et à l'accumulation de positions spéculatives de fonds d'investissement. Contre euro, l'once a légèrement reculé en 2004, revenant de 330 à 323 euros.

Dans une déclaration conjointe publiée le 8 mars 2004, quinze banques centrales européennes ( 1 ) ont reconduit l'accord plafonnant la quantité maximum globale de leurs ventes d'or sur cinq ans, en la portant à 2 500 tonnes, soit 500 tonnes par an. Ce nouvel accord est entré en vigueur le 27 septembre 2004.

Tensions sur les cours du pétrole et des matières premières

L'année 2004 a été marquée par de fortes tensions sur les cours du pétrole. Le prix du brut de référence West Texas Intermediate (WTI) a progressé de près de 34 %, clôturant l'année à 43 dollars le baril après un pic à 56 dollars le 22 octobre.

La hausse des cours du pétrole a principalement résulté de la progression de la demande mondiale, tirée en particulier par la Chine et les États-Unis, dans un contexte de production proche du niveau maximal dans la plupart des pays fournisseurs. Compte tenu de la faible élasticité de l'offre, chaque événement ayant conduit à une limitation, même momentanée, de la production de pétrole s'est traduit par un net renchérissement des cours (incertitudes géopolitiques au Moyen-Orient, tensions politiques ou sociales dans des pays producteurs). En outre, les positions spéculatives prises par certains fonds sur les marchés dérivés ont contribué à accentuer ces évolutions (graphique 3).

Graphique [Graphique 3. COURS DU PéTROLE (WTI) ET INDICE COMMODITY RESEARCH BUREAU (CRB) DES MATIÈRES PREMIèRES]

La plupart des autres matières premières ont également progressé, comme en témoigne la hausse de 11 % de l'indice CRB. Les prix des métaux de base (nickel, aluminium, cuivre) ont nettement augmenté, en liaison, notamment, avec le dynamisme de la demande chinoise. (...)


( 1) Banque centrale européenne (BCE), banques centrales d'Allemagne, d'Autriche, de Belgique, d'Espagne, de Finlande, de France, de Grèce, d'Irlande, d'Italie, du Luxembourg, des Pays-Bas, du Portugal, de Suède et de Suisse.

Problèmes économiques, n° 2886 (09/11/2005)
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Auteur : Christian Noyer est Gouverneur de la Banque de France.
Source : Rapport annuel de la Banque de France. L'article est extrait du chapitre 1
du rapport
Juin 2005.
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